Editeur : Mnémos
Date de sortie : 21 février 2020
Genre : heroic fantasy

Synopsis

Avant d’être héros, chevalier ou prince, il faut savoir lever le coude !

Silas, Morue et Rossignol rêvent d’aventures et de grands faits d’armes tout en vidant chope de bière sur chope de bière à la taverne du Grand Tintamarre, qu’ils peuvent à peine se payer.

Lorsque la fantasque et très inégalitaire cité de Morguepierre, entassée sur les pentes d’un volcan, devient le théâtre d’enlèvements de jeunes orphelines et voit des marie-morganes s’échouer sur ses plages, les trois compères se retrouvent adoubés par un vieux baron défroqué et chargés de mener l’enquête. Les voilà lancés sur les traces d’un étrange spadassinge, d’un nain bossu et d’un terrible gargueulard, bien décidés à leur mettre des bâtons dans les roues… et des pains dans la tronche.

Premier roman de Raphaël Bardas, Les Chevaliers du Tintamarre met en scène les (més)aventures hautes en couleur d’un trio de doux rêveurs cabochards, fanfarons et querelleurs dans une histoire profondément attachante, pleine de panache et de gouaille.

Critique

Mon facteur serait-il un voleur de littérature ?

C’est avec un temps de retard que je publie cette chronique. Je devais en effet recevoir Les Chevaliers du Tintamarre il y a plusieurs semaines déjà, mais il semblerait que le colis se soit perdu en chemin…

Heureusement, j’ai pu récupérer mon exemplaire à la Foire du Livre de Bruxelles (un miracle qu’elle n’ait pas été annulée…). Je remercie donc les éditions Mnémos pour ce service de presse. Même si je n’ai pas adhéré au style de l’auteur, je reconnais qu’il s’agit d’un one-shot aux nombreuses qualités et comprends pourquoi il fait partie des pépites des Indés de l’imaginaire.

Ça commençait pourtant très bien…

Cela peut paraître étonnant, mais j’ai savouré les premières pages ; l’histoire de Morguepierre et la présentation du capitaine Korn m’ont emballée. Néanmoins, les héros de ce one-shot, ce sont bien Silas, la Morue et Rossignol, des « rêveurs cabochards, fanfarons et querelleurs pleins de gouaille ». Je n’aurais pas dit mieux !

Pourtant, difficile de s’attacher à des personnages aussi hauts en couleur, au point qu’ils en deviennent grotesques. Certes, leurs traits de caractère sont volontairement accentués, mais ça ne marche pas avec moi. 

Si l’on excepte ses biceps très utiles dans les combats, la Morue n’est rien d’autre qu’un imbécile heureux qui ignore délibérément les règles élémentaires de l’hygiène. Rossignol aime, quant à lui, se lancer dans des tirades soi-disant philosophiques et des proses inspirées, mais sa fonction de beau parleur atteint rapidement ses limites. Enfin, Silas est le joli cœur de la bande, jouant de son physique attrayant et de ses talents au hachoir pour remporter des duels.

Alors, oui, ils sont caricaturaux et non, je n’aime pas ça.

Des mots pour des mots

J’en viens maintenant au nœud du problème : le style de Raphaël Bardas. Avant d’aller plus loin, je tiens cependant à préciser que mon avis est purement subjectif. Je suis persuadée que ce qui me rebute ici plaira à d’autres lecteurs ! 

Voilà, je peux rentrer dans le vif du sujet. Vous êtes prêts ? Répliques lourdingues, langage de charretier, commentaires grivois et argot à tout-va : voici de quoi se compose la majorité des dialogues. Ajoutez à ceci les explications interminables de Rossignol ainsi que les embrouilles à deux sous dans lesquelles nos compères se jettent tête la première, et le texte s’alourdit considérablement.

Bref, j’ai détesté la narration, plus encore lorsque l’auteur nous prouve qu’il est parfaitement capable d’adopter une plume fluide dans de rares passages. Mais je n’en doutais pas, cela va sans dire.

L’enquête sur un fil

Comme je viens de le souligner, le style de l’auteur n’est pas franchement ma tasse de thé. Pour moi, il s’encombre d’éléments parasites qui ont tout simplement noyé l’enquête sous trop de désinvolture. Bon, il est vrai que les aventures de nos héros m’ont rapidement désintéressée, raison pour laquelle j’ai dû louper quelques indices, mais… comment sont-ils parvenus à avancer dans leur investigation ? Je me le demande ! 

Soyons un peu plus précis : au début de l’histoire, Silas assiste à l’enlèvement d’une jeune femme et se met en tête de la retrouver, sans pour autant disposer de la moindre piste. Et ça ne l’arrête absolument pas ! L’auteur comptait peut-être sur l’authenticité et la bonne fortune de ses personnages pour faire oublier ce genre de facilités, malheureusement… ça m’a sauté aux yeux !

Par ailleurs, en dépit de leurs dires, nos héros ne prennent jamais rien au sérieux, ni les disparitions, ni les morts. Résultat : à aucun moment, je ne me suis sentie impliquée dans l’enquête.

Frustration ultime : l’univers était prometteur !

Si je ne devais retenir qu’une seule chose des Chevaliers du Tintamarre, ce serait bien le monde créé par Raphaël Bardas. Celui-ci m’a plus qu’enchantée ! Cité construite sur les pentes d’un volcan, Morguepierre habite un large éventail de créatures (marie-morganes, alfes, trolls…) sans qu’un bestiaire ne soit pour autant indispensable.

En outre, sur le plan géographique, une fracture s’est opérée avec le temps ; les riches se sont attribué les récifs flottants, tandis que les pauvres doivent se contenter des faubourgs crachés, au plus près de l’eau. Un cadre parfait pour de la bonne fantasy !

J’ai terminé sur une note positive

À ma plus grande surprise, j’ai apprécié les 50 dernières pages, davantage dans l’action. Il faut dire que la résolution de l’enquête approche à grands pas. Les pièces du puzzle s’assemblent doucement, tandis que l’auteur nous dévoile un nouveau pan de son univers, et force est de constater que ces passages m’ont beaucoup plu.

Seul bémol : il m’a fallu quelques instants de réflexion, après avoir fermé le livre, pour faire le lien entre tous les événements survenus. Cela est dû, j’imagine, à mon inattention tout au long de ma lecture…