Éditeur : Bragelonne
Date de sortie : 17 juin 2015
Genre : heroic fantasy

Synopsis

Ballas est un colosse, un poivrot et un vagabond. Dans ses yeux, il n’y a que de l’avidité et dans son cœur, que de l’amertume. Ce n’est pas le genre d’homme taillé pour la légende, juste pour une tombe anonyme. D’ailleurs, plein de gens sont disposés à raccourcir son séjour sur terre !

Du coup, quand un jeune prêtre le sauve d’un passage à tabac dans la rue, Ballas ne sait pas comment réagir à un tel acte de bonté. Il préfère le trahir en volant ceux qui lui avaient offert l’espoir. Seulement l’objet que Ballas a dérobé n’est pas le genre de babiole qu’on peut vendre sur un marché contre un bol de soupe… C’est un artefact qui poussera toute une armée à le pourchasser et mènera le monde au bord du chaos !

Critique

Un livre perdu dans les sombres recoins de ma bibliothèque

J’ai acheté Monument suite à une promotion des éditions Bragelonne (la fameuse « 10 ans – 10 romans – 10 euros »). Un paragraphe au dos du livre laissait supposer qu’il était dans la lignée des écrits de David Gemmell, auteur que j’appréciais énormément à l’époque. En bref, un achat impulsif !

Résultat : j’ai complètement oublié ce one-shot qui est resté 5 ans dans ma PAL. L’aurais-je sorti sans le mois de la fantasy qui exigeait de se plonger dans un récit faisant mention d’un artefact ? Rien n’est moins sûr, mais c’est à cela que servent les challenges littéraires !

Quoi qu’il en soit, mon ressenti est assez mitigé. J’ai détesté la première partie, au point de songer à l’abandonner, et ai adoré la seconde. Paradoxal, non ?

Un léger problème d’écriture

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à souligner les trop nombreuses répétitions du nom des personnages qui parsèment le texte. Comme si l’auteur (ou le traducteur) ne connaissait pas l’existence des pronoms. Ma lecture s’en est trouvée considérablement alourdie, et cela m’a dérangée jusqu’à la fin.

Un héros rempli de violence

Le synopsis décrit Ballas comme un poivrot et un vagabond prêt à tuer sa propre mère pour une bouteille. La définition typique d’un anti-héros. Et de ce côté-là, Ian Graham n’a pas fait les choses à moitié ; son personnage frappe, vole et tue sans remords. En résumé, il est tout bonnement imbuvable (appréciez le jeu de mot…). 

Je ne parvenais donc pas à m’attacher à lui, ni même à comprendre ses motivations. Par conséquent, je n’avais pas envie de poursuivre ma lecture, d’autant plus que l’auteur semblait faire l’apologie de la violence. Lorsque Ballas veut quelque chose, il cogne pour l’obtenir. Sans jamais se poser de questions ! En plus d’être répétitif, ce schéma m’écœurait au plus haut point. Était-ce vraiment le genre d’histoire que j’avais envie de lire ? J’en doutais de plus en plus. J’ai même été jusqu’à sauter quelques passages que je trouvais inutilement barbares.

Une lente transformation 

Comme je le disais ci-dessus, le synopsis nous promet un ivrogne en guise de héros. Certes, c’est également un colosse, mais la boisson a émoussé ses réflexes. Pour preuve, dans les premiers chapitres, il se fait tabasser à qui mieux mieux sans parvenir à résister, tant il est ivre.

Mais plus je tournais les pages, plus je le voyais évoluer. Je vous rassure, Ballas ne s’est pas transformé en enfant de cœur. Néanmoins, sa vie étant menacée, l’alcool est passé au second plan. Le voilà donc plus solide, plus tenace, presque invincible. Ce dernier point m’a légèrement fait tiquer, car j’ai trouvé que les choses allaient un peu trop vite. Pour autant, cette force inébranlable qu’il s’approprie progressivement est fascinante et pourrait s’expliquer par un certain artefact…

C’est à ce moment-là que la tendance s’est inversée et que j’ai commencé à apprécier ma lecture !

Enfin, des personnages qui subsistent

Au cours de sa quête, Ballas tuera bien des gens, parfois sans réelle nécessité. Or, j’en ai rapidement eu assez de voir les quelques protagonistes rencontrés sur la route tomber les uns après les autres. Par chance, cela finit par s’arrêter.

Bien qu’ils ne l’accompagnent pas de leur plein gré, Crask et sa fille Helspeth prennent donc part au voyage. J’ai particulièrement apprécié cette dernière, surtout pour le courage dont elle fera preuve, alors même qu’elle est terrifiée. La plupart de ses actions n’aboutiront pas, mais elle refuse de se laisser abattre. Tout le contraire de son père, en somme, même s’il fait de son mieux. À ce petit groupe vient s’ajouter Elsefar, un estropié dont l’âme est obscurcie par la vengeance, et par plus mauvais encore.

Aucun d’eux n’est vraiment gentil, et surtout pas Ballas. Mais l’aide qu’ils devront s’apporter mutuellement permet de mettre à nu le pire, et parfois le meilleur, de l’âme humaine. Malgré la violence de leurs échanges et les trahisons de certains, je reconnais que ces passages étaient captivants.

Une dénonciation du pouvoir absolu de l’Église ?

Dans Monument, Ian Graham confère à l’Église une importance capitale et ce, à tous niveaux. Il s’agit en effet d’une organisation dont les ramifications vont jusqu’aux confins du monde. Grâce à des citations d’un livre sacré (l’équivalent de la Bible, je suppose) en début de chapitre, on découvre les fondements de cette religion… et le fossé qui s’est creusé entre cette dernière et ses adeptes. Certains prêtres ont choisi de se rebeller contre l’autorité de leurs supérieurs, tandis que d’autres embrassent pleinement le pouvoir induit par leur statut.

Bien sûr, l’auteur ne donne pas de réponse quant à ce qui est bien ou ce qui est mal. Mais par les actes de ses personnages, il interpelle. Aussi surprenant que cela puisse paraître, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce qui se cache derrière cette institution, ainsi que les manipulations dont elle était capable pour parvenir à ses fins.

Une fuite vers l’avant et une quête impossible

Une fois que Ballas s’est emparé de l’artefact, l’histoire se met en branle ; notre héros tente d’échapper à des poursuivants dont les ressources sont pourtant considérables. Au début, je trouvais cela étrange que de tels moyens soient déployés pour le retrouver, mais tout finit par faire sens.

En vérité, je redoutais quelque peu le voyage entrepris par Ballas et ses acolytes, car c’est le genre d’intrigue qui m’ennuie. Ce ne fut pas le cas dans Monument – encore une bonne surprise !

J’ai donc tourné les pages sans difficulté, me demandant jusqu’où iraient nos héros. Qui survivrait, qui mourrait ? Ou qui serait sacrifié par les autres, plutôt ? En outre, Ballas n’est plus le même homme ; il est hanté par sa destination, bien décidé à l’atteindre. Exit l’ivrogne qui ne songe jamais à demain, il devient pragmatique et réfléchi, ce qui lui permet de semer ses adversaires à plusieurs reprises. Cela n’a pas suffi à le rendre attachant, mais moins détestable, disons.

Lorsque le mystère est dévoilé

Qu’est-ce qui se cache donc derrière les montagnes ? Je n’en savais rien, et Ballas non plus. Dès lors, j’ai eu l’impression de ne faire qu’un avec lui ou, tout du moins, avec son obsession. Savoir, enfin !

J’avoue que je ne m’attendais pas à de telles révélations, mais j’ai apprécié la surprise. Par ailleurs, le dénouement est plein d’ironie, ce qui m’a fait grincer des dents. Et pourtant… il m’apparaît comme une évidence, plusieurs semaines après ma lecture.