Éditeur : L’homme sans nom
Date de sortie : 28 mai 2019
Genre : dark fantasy

Synopsis

Morz est la terre la plus au nord du monde. Des siècles plus tôt, la neige a cessé de tomber et la glace a fondu, devenue une boue informe et immonde.

Il y a une ombre dans l’est de Morz ; celle de Noir, un esprit maléfique prêt à tout pour provoquer la ruine du royaume. Sur ses talons court le Second, un guerrier prodigieux, plus cruel et féroce que tous les séides gravitant autour d’eux.

Il y a un enfant sur le trône de Morz : on attend de lui la ferveur de ses ancêtres pour maintenir le royaume dans la Lumière. Mais le prince Jaroslav doute de sa place, de son pouvoir, et ne souhaite qu’une seule chose : vivre en paix.

Et dans le nord, près des montagnes, ourdissent les sorcières, vengeresses, dévorées par le rêve incertain de refaire un jour tomber la neige sur leur monde déchu.

Critique

La promesse d’une lecture différente

Voilà ce que laissait entendre le synopsis et ce qui m’a attirée dans ce one-shot. La raison même pour laquelle je l’ai acquis en avant-première à La Foire du Livre de Bruxelles. Et, dès le prologue, j’ai plongé dans un monde froid et sanglant qui fondrait bientôt sous les rayons ardents du soleil…

Je ne sais comment l’expliquer, mais ce livre fut une expérience unique, car l’auteure a construit un univers qui sort des sentiers battus. La manière dont elle le raconte participe également à son originalité, mais j’y reviendrai. Alors, certes, on y retrouve des hommes qui se font la guerre, mais pas seulement. D’autres créatures s’invitent dans l’histoire, comme Noir, un esprit prétendument maléfique, les N’dus (je ne saurai vous expliquer qui ils sont) et les sorcières aux intentions cachées.

Mais alors, qu’est-ce qui pèche ? En vérité, j’ai eu l’impression que le puzzle n’était pas complet. Bien sûr, nul auteur ne peut creuser à l’infini son univers, mais je suis restée sur ma faim. Certaines zones d’ombre m’ont frustrée, d’autres m’ont parfois perdue. J’aurais tellement aimé en savoir plus sur la magie des lions ailés, sur les actes commis par Daria. Noémie Wiorek a cependant choisi de ne pas donner toutes les réponses, et je dois reconnaître que ces manquements confèrent à l’histoire un côté mystérieux, presque mystique.

Un style d’écriture qui ne fera pas l’unanimité

La plume de Noémie Wiorek se veut travaillée, voire poétique par moments. Le résultat est certes remarquable, mais il ne simplifie pas l’entrée du lecteur dans l’univers. En effet, celui-ci est déjà complexe par bien des aspects, et la lourdeur du texte ne fait qu’aggraver les choses.

En outre, j’ai eu la sensation que l’auteure se perdait dans de belles phrases, parfois trop longues, souvent creuses. Quand elles n’étaient pas tout simplement redondantes. Je me suis donc surprise à refermer le livre lorsque ma concentration m’échappait, consciente qu’il ne servait à rien d’insister.

Ah, et j’ai relevé une utilisation excessive des points-virgules. Vous voilà prévenus !

Un mot sur les personnages

Le synopsis fait mention de plusieurs personnages, et tous sont essentiels pour l’histoire. Noir est certainement le plus énigmatique, mais je ne peux trop en dire sans vous spoiler. Sachez simplement qu’il contribue à l’originalité du récit et que sa relation avec le Second m’a beaucoup intriguée. Au début, elle m’a paru pleine de contradictions, puisqu’ils s’attirent et se repoussent sans cesse. Néanmoins, tout s’explique par la suite, et les révélations à ce sujet m’ont littéralement scotchée.

D’autres personnages vivent dans l’obscurité, mais j’avoue avoir eu du mal à les distinguer. L’auteure reste vague et use de sous-entendus pour les décrire, évoquer leur passé et tracer leur avenir. Bref, quelques précisions supplémentaires n’auraient pas été superflues. 

Enfin, n’oublions pas le prince Jaroslav et son champion, Timoslav. Deux fanatiques qui se croient investis d’une mission et, au vu des circonstances, c’est compréhensible. Ils ont ainsi joué le rôle d’antagonistes avec brio, et c’est pour cette raison que j’aurais aimé en apprendre plus à leur propos.

Lumière contre obscurité

On pourrait croire au premier abord que cette histoire raconte l’immuable combat entre le Bien et le Mal. Mais ne pense-t-on jamais que nos actes et nos croyances sont légitimes, tant que l’on ne connaît pas ceux du camp adverse ? C’est justement ce que Noémie Wiorek démontre avec brio dans Les chat des neiges ne sont plus blancs en hiver. Il ne s’agit donc en rien d’un récit manichéen, au contraire.

Néanmoins, comme vous pouvez l’imaginer, la lutte est éternelle. Tandis que la lumière domine, l’obscurité tente de reprendre la main. Mais ce ne sont jamais que de petites victoires, pour autant de recul. J’ai donc relevé des longueurs, surtout dans la première partie, qui m’ont découragée, car elles ralentissent considérablement l’intrigue. Heureusement, j’ai davantage apprécié la seconde moitié, plus dynamique, plus riche en rebondissements et en révélations.

Une pseudo intrigue de cour ?

C’est sûrement l’une de mes plus grandes déceptions. En effet, l’auteure amorce complots et manipulations à la cour du prince Jaroslav, tandis qu’il succède à son frère dans la précipitation. J’ai donc fondé de nombreux espoirs sur cet aspect de l’histoire. Cependant, il s’est finalement révélé assez secondaire, d’autant plus que Noémie Wiorek accorde davantage d’importance aux partisans de l’obscurité. 

Pourtant, tous les ingrédients étaient réunis : dissensions, meurtres et trahisons, que l’on entrevoit dans quelques passages, mais rien de plus. Vraiment, quel dommage !

Un dénouement que je ne comprends qu’à moitié

Encore une fois, c’est regrettable. Pourtant, Noémie Wiorek est parvenue à m’emporter avec elle lors du combat final, bien qu’il n’ait pas pris la forme que j’avais imaginée. Mais qu’importe, c’était grandiose !

Toutefois, le double épilogue m’a laissé un goût amer, déjà parce qu’il est beaucoup trop long, ensuite parce qu’il est… farfelu ? J’ignore si c’est le bon terme, mais je n’en trouve pas d’autre.