Éditeur : Bragelonne / Castelmore (collection BigBang)
Date de sortie : 22 octobre 2020
Genre : dystopie

Synopsis

« Deux ans et demi depuis l’élection.
Un an depuis que nos réponses sur le formulaire du recensement nous ont valu d’être indexés.
Neuf mois depuis le premier autodafé.
Un mois depuis que le Président des États-Unis a déclaré que « les musulmans constituaient une menace pour l’Amérique ». »

Dans un avenir effroyablement proche, Layla Ami – 17 ans – et ses parents sont arrachés à leur foyer et déportés dans un camp de détention pour musulmans américains dans le désert de Californie.

Avec l’aide d’amis d’infortune, eux aussi piégés derrière les barbelés, de son petit ami resté à l’extérieur, et d’alliés inattendus, Layla entame un chemin de lutte pour la liberté et mène la révolte contre le directeur du camp et ses gardiens.

Critique

Comme d’habitude, je fais confiance aux éditions Bragelonne

Après mon coup de cœur inattendu pour La Fille sans passé, je n’ai pas hésité longtemps avant de demander Résistance en service de presse. Chaque livre de la collection BigBang des éditions Bragelonne est en effet une bonne surprise, si ce n’est plus. Et celui-ci ne fait pas exception à la règle !

Encore une fois, je remercie la maison d’édition pour l’envoi !

Une dystopie aux airs de roman contemporain

Et c’est probablement le plus effrayant ! Même s’il s’agit d’une fiction, cette histoire s’inspire de faits réels. L’islamophobie est déjà présente aux États-Unis, mais aussi dans d’autres pays, y compris en Europe. Et elle fait nombre de victimes. Mais que se passera-t-il lorsque la situation dégénéra ? Répéterons-nous les mêmes erreurs que durant la deuxième guerre mondiale ? J’espère que non !

Dès lors, quelle que soit mon opinion au sujet de ce livre, quels que soient ses défauts ou ses qualités, l’essentiel est bien le message qu’il transmet. C’est pourquoi je tenais à retranscrire deux passages qui m’ont particulièrement marquée :

« Pour ceux d’entre nous qui sommes nés ici, les États-Unis sont l’unique patrie que nous ayons jamais connue. Les foules hystériques qu’on voit à la télé et qui nous crient de « rentrer chez nous » ne paraissent pas comprendre que c’est ici, chez nous. »

« Peut-être que leurs voisins sont musulmans ; peut-être qu’ils avaient des copains musulmans en cours. Peut-être qu’ils n’avaient jamais rencontré de musulmans en vrai avant d’arriver au camp et que, à force de nous regarder en face, dans les yeux, ils se sont rendu compte que nous sommes des êtres humains qui rient et qui pleurent, comme eux. Que nous sommes faits de chair et d’os, et que nous saignons. »

Au cœur d’un camp d’internement

Samira Ahmed retranscrit avec brio l’ambiance surréaliste dans laquelle sont plongées des milliers de personnes, alors qu’elles sont tirées de leur lit pour être conduites à Mobius, un site de détention pour musulmans situé dans le désert de Californie.

Comme vous pouvez l’imaginer, la tension est palpable. Celle-ci se nourrit d’ailleurs des divergences qui surgissent au sein de Mobius. Certains désirent en effet obéir sans se faire remarquer, voire aider leurs geôliers à mieux les enchaîner dans le but d’obtenir quelques privilèges. Mais d’autres souhaitent se battre, bien évidemment. En toute honnêteté, j’ignore dans quel camp je me trouverais si je devais vivre ce genre de situation et souhaite ne jamais le découvrir !

Tout ça pour vous dire que l’auteure a construit avec beaucoup de finesse la dynamique d’un tel endroit.

Une héroïne un peu tête brûlée

Même si Layla fait montre d’un courage exemplaire, m’attacher à elle n’a pas été une mince affaire. En effet, elle passe son temps à dépasser les règles qu’on lui impose, des règles certes injustes, mais qui sont synonymes de conséquences – de punition ! – si elle se fait prendre. C’est alors toute sa famille qu’elle met en danger, ce qu’elle regrette dès lors qu’elle prend conscience de ses actes.

Or, ce comportement téméraire m’a tapée sur les nerfs durant la première moitié du livre. Même si sa colère est justifiée, elle la pousse à commettre des actes irréfléchis et oblige ses proches à la protéger d’elle-même, ou tout du moins à essayer. Et je trouve ça dommage, sachant que cette impulsivité n’est pas en adéquation avec son éducation et l’intelligence dont elle fait preuve le reste du temps

Mais passons ! Layla finit par comprendre que résister, ce n’est pas foncer tête baissée. Et c’est là que les choses sérieuses ont pu commencer…

Quelques petits couacs dans la construction de l’intrigue

Alors qu’elle est emmenée de force à Mobius, Layla sait qu’elle ne reverra pas David, son petit ami, avant longtemps. Ou peut-être jamais, qui sait ? Et si l’idée de le retrouver est un véritable moteur pour elle, pour ma part, je m’en suis rapidement lassée. Après tout, il s’agit d’une romance d’adolescents. Mais, je l’admets, elle apporte beaucoup à l’histoire ! J’aurais simplement aimé qu’elle se déroule autrement.

En outre, le synopsis fait mention d’alliés inattendus au sein du camp d’internement. Je ne veux pas trop en dire, mais sachez que Layla recevra de l’aide de la part d’un garde. Et bien que très utile, cette partie de l’histoire m’a fait lever les yeux au ciel à plusieurs reprises, car leur relation ne tarde pas à basculer dans le cliché. Dommage !

Quel final !

Alors que les deux premiers tiers du livre sont relativement lents – mais ce n’est pas un reproche -, le dénouement va crescendo, nous emportant dans un tourbillon d’événements dont on ignore l’issue. La résistance va-t-elle porter ses fruits ? Je ne vous dirai rien, mais sachez qu’il m’était impossible de lâcher le roman avant de l’avoir terminé !