Éditeur : Bragelonne / Castelmore (collection BigBang)
Date de sortie : 17 mars 2021
Genre : anticipation (young adult)

Synopsis

Le marchand de sable est passé…

Dans le monde entier, les adultes ont sombré dans un mystérieux coma…

Enfants et adolescents se retrouvent livrés à eux-mêmes. Dans une petite ville, Léo et Marie, deux lycéens de seize ans, rassemblent autour d’eux quelques amis pour vivre ensemble dans un vieil immeuble.

Mais d’autres adolescents, parmi les plus âgés, profitent de la situation, s’accaparent les réserves de nourriture et deviennent de plus en plus violents. Léo et sa bande doivent apprendre à se battre pour défendre leur liberté quand d’autres voudront imposer la loi du plus fort. Parviendront-ils à survivre jusqu’au réveil des adultes ?

Et si ces derniers ne se réveillaient jamais ?

Critique

Une nouveauté à petit prix

Les éditions Castelmore (intégrées au groupe Bragelonne) profitent de leur nouvelle collection BigBang pour rééditer certains de leurs anciens titres en poche, et donc à moindre prix. Est-ce que j’en profite allègrement ? Absolument !

Je remercie donc la maison d’édition pour cet envoi. Honnêtement, je n’ai pas hésité longtemps avant de demander Le jour où… en service de presse. D’abord, parce qu’il est écrit par Paul Beorn, auteur auquel je souhaitais m’essayer depuis longtemps. Ensuite, parce qu’il s’agit d’un roman d’anticipation faisant mention d’un étrange virus. En somme, ma came !

Je tiens toutefois à préciser que ce one-shot n’est pas à mettre entre toutes les mains. En effet, même s’il est catégorisé en young adult en raison de ses héros adolescents, il n’en demeure pas moins très violent. Meurtres, viols et tortures parsèment donc le récit, et ce n’est pas toujours beau à voir…

Les adolescents aux commandes

Ils ont 14, 15 ou 16 ans et n’ont plus le temps d’être des enfants. Plongés dans un profond coma, papa et maman ne veilleront plus sur leur bien-être, ne les aideront plus à grandir. Aujourd’hui, ils sont seuls et livrés à eux-mêmes…

Un tel scénario fait froid dans le dos, pas vrai ? C’est pourtant le postulat de départ exploité avec brio par Paul Beorn dans ce roman aux allures de fin du monde. La survie devient donc la priorité de chacun, et tous les coups sont permis !

Si la première partie du livre fut plaisante, la seconde m’a carrément prise aux tripes. Entre coups bas, représailles et manipulations, l’intrigue gagne progressivement en intensité jusqu’à faire exploser le cœur du lecteur. L’auteur n’épargne pas ses personnages, et tant mieux. En plus de créer de nombreux rebondissements, cela apporte du crédit au récit !

Des héros aux hormones survoltées…

Voilà qui les caractérise à merveille. Autant vous dire que ce ne fut pas toujours une partie de plaisir. Maintes fois, j’ai levé les yeux au ciel, tant leur attitude me paraissait exagérée. Regards lubriques, propositions indécentes et pulsions irrésistibles sont leur lot quotidien, alors que le monde s’écroule autour d’eux. Qu’à cela ne tienne, ils peuvent tout à fait s’organiser afin de survivre et, dans le même temps, songer à cette proximité qui les excite. Heureusement, cet aspect de l’histoire s’estompe quelque peu (mais pas totalement) face à l’urgence de la situation !

Ceci étant dit, l’auteur s’appuie sur ces comportements libidineux pour démontrer les dérives sexuelles qui ne manqueraient pas de survenir en l’absence de règles et, surtout, de respect envers autrui. De jeunes femmes sont ainsi reléguées au rang de jouets sexuels, comme si elles ne valaient pas plus qu’une paire de vieilles chaussettes. Horrible, mais hautement probable…

Notez que la plume est adaptée aux héros, et donc au public. À la fois jeune et percutante, elle retranscrit parfaitement le langage utilisé par les personnages.

…mais terriblement attachants !

Deux adolescents prêtent leur voix au roman de manière alternée. D’un côté, nous suivons Léo, un gamin de 16 ans qui n’est pas près de renoncer à ses valeurs. Si vous voulez mon avis, il joue un peu trop les héros, mais il n’est ni invincible, ni surdoué, ce qui lui confère une véritable substance.

En parallèle, des chapitres sont consacrés à Marie, l’une de ses meilleures amies et probablement sa soupirante la plus déterminée. Et comme pour Léo, cette première impression ne fut pas très positive. Pourtant, au fil des pages, Paul Beorn a su démontrer tout son talent afin de développer la psychologie de ses personnages. Certes, ceux-ci sont un tantinet trop obnubilés par le sexe mais, du reste, ils sont tous finement construits.

J’ai étrangement apprécié Joan en dépit de son attitude too much, car elle sonne terriblement vrai sous les couches d’artifices derrière lesquelles elle s’abrite. Mon seul bémol concerne Charly, qui tombe dans le cliché du prédateur en un claquement de doigts. Quel dommage !

J’ai retenu mon souffle jusqu’à la dernière page

Si, en milieu de roman, la tournure des événements m’avait déjà scotchée, ce fut l’escalade jusqu’au dénouement. Empruntant quelque peu au thriller, Le jour où… s’achève de manière spectaculaire, malgré quelques facilités ici et là.

Je tiens d’ailleurs à remercier l’auteur pour avoir apporté des réponses au sujet du virus, car c’est souvent ce qui manque dans ce genre d’histoire. Je prends pour exemple la saga U4 qui, si mes souvenirs de Jules sont bons, fournissait très peu d’explications.

En bref, une belle réussite qui me donne envie de découvrir Paul Beorn en fantasy. Et, justement, le premier tome de Calame m’attend bien sagement dans ma PAL…