Éditeur : ActuSF
Date de sortie : 15 avril 2022
Genre : fantastique (young adult)

Synopsis

Yadriel est un brujo. Pas une bruja. Si les femmes peuvent guérir, les hommes, eux, savent rappeler les esprits. Parce qu’il tient à prouver à sa famille qu’il possède bien les pouvoirs de son genre, il se rend dans l’église du cimetière afin d’invoquer un fantôme. Arme magique au poing et meilleure amie pour l’aider, il fait alors de son mieux pour convoquer l’âme de son cousin décédé, afin de comprendre les raisons de sa mort.

Alors qu’il pense avoir réussi, il découvre que le fantôme qu’il vient de ramener au milieu de l’église familiale n’est pas tout à fait le bon…

Critique

L’influenceuse influencée ?

La première fois que j’ai entendu parler de Cemetery Boys, c’était sur les réseaux sociaux. Et tout le monde annonçait un titre plus que prometteur ! C’est pourquoi, quand les éditions ActuSF m’ont offert la possibilité de le recevoir en service de presse, je n’ai pas hésité bien longtemps. Un grand merci à la maison d’édition pour l’envoi !

Alors, après lecture, quel est mon ressenti ? Ai-je eu raison de me laisser convaincre ? Oui, même si je pense que l’histoire m’aurait plu davantage il y a quelques années. Quoi qu’il en soit, cela reste un très bon roman YA, avec des personnages lumineux, des thématiques actuelles et une touche de fantastique pour relever le tout !

Quand le récit tarde à se mettre en place

J’ai peiné à rentrer dans l’histoire, je l’avoue. Sans être complètement inutiles, les débuts sont un chouia trop longs selon moi. Je pense que l’auteur a voulu bien faire : poser le cadre culturel, présenter les héros, expliquer les difficultés auxquelles est confronté Yadriel en tant qu’adolescent transgenre. Ces informations sont cruciales, toutefois j’aurais préféré qu’elles soient dévoilées au fur et à mesure de ma lecture, d’autant que je m’attendais à un rythme plus haletant suite à la disparition d’un personnage.

Ce n’est qu’au bout de 200 pages que j’ai réellement accroché, et quel soulagement ce fut !

Un roman own voice

Avant d’être un roman fantastique, Cemetery Boys est un message d’espoir et de tolérance porté avec conviction par Aiden Thomas. En effet, ce dernier a connu les mêmes questionnements et rencontré les mêmes obstacles que son héros, car lui aussi se sent homme dans un corps de femme. Et c’est à travers le prisme de l’imaginaire qu’il a choisi d’exprimer cette opposition.

Alors que tout le désigne bruja, une femme capable de soigner, Yadriel sait au plus profond de lui-même qu’il est un brujo. Il est donc destiné à communiquer avec les esprits. Mais comment l’expliquer à sa famille qui se heurte aux apparences ? Comment imposer sa nouvelle identité sans briser les liens ? Pas simple, en vérité !

Ainsi, même si elle n’est pas au centre de toute l’histoire, c’est cette partie – que l’on sent authentique – qui apporte un vrai plus, permet un attachement sincère envers Yadriel et l’emporte sur les quelques bémols que j’ai pu relever.

Une plongée dans la culture mexicaine

Transportée à Los Angeles, elle participe énormément à l’ambiance du roman. C’est un mélange de rites, de cérémonies, de plats traditionnels et… de magie ! 

Chez Yadriel, tout le monde peut voir et entendre les esprits. Pour agir néanmoins, Notre Dame la Mort doit reconnaître le statut de brujo. Voilà justement l’épreuve à laquelle se prépare notre héros au début du roman.

Ça vous étonne si je vous dis que c’est l’un des aspects du roman que j’ai préféré, même si j’aurais souhaité qu’il soit un peu plus approfondi ? Non, bien sûr ! Ce qui m’a attirée dans ce roman, c’est bien sa dimension fantastique !

N’ai-je pas évoqué quelques bémols ?

À mes yeux, le scénario comprend des maladresses, des coïncidences heures et même des facilités. Il s’agit cependant d’un roman jeunesse, la complexité de l’intrigue n’est donc pas une priorité. Et je vous rassure, l’auteur ne prend pas ses lecteurs pour des idiots !

Mais, tandis que l’accent est mis sur l’urgence de la situation, nos héros prennent le temps d’aller en cours, de se reposer, de discuter, de se chamailler même. Bref, j’ai ressenti comme des moments de flottement où il ne se passait pas grand-chose, alors qu’il était impératif d’agir.

En outre, l’histoire n’est pas à l’abri de quelques clichés. Heureusement, Aiden Thomas en démonte certains pièce par pièce, et tant mieux !

Des héros lumineux

Accaparée par les lenteurs du début, je n’ai pas tout de suite vu le potentiel des personnages. Et pourtant, il est énorme ! Rapidement, je me suis prise d’affection pour Yadriel, adolescent plein d’humanité et de courage. 

Ce fut moins évident avec Julian. Pour tout vous dire, je le trouvais trop fougueux, trop cliché même, pour être crédible. Aiden Thomas est toutefois parvenu à inverser la tendance en le complexifiant davantage ; il lui a offert un passé, un caractère plus nuancé et un brin de douceur qui émerge de temps à autre.

J’ai donc fini par adhérer à ce duo de héros dont la complémentarité ne fait aucun doute. Seul défaut : leur relation évolue trop vite. Parfois, j’avais l’impression que le scénario n’était qu’un prétexte pour les obliger à s’allier, qu’il se pliait maladroitement aux exigences de l’auteur. Perturbant, néanmoins j’ai vite oublié ces désagréments pour suivre leurs péripéties !

Quant aux personnages secondaires, ils sont à la fois intéressants et bien creusés. Je pense surtout à Maritza, meilleure amie de Yadriel, jeune fille au caractère bien trempé et végane confirmée, ainsi qu’à l’antagoniste dont j’ai trouvé les motivations pleines de sens.

Un mot au sujet de la romance

Parce qu’elle a lieu dans un contexte particulier que je ne peux vous exposer sans vous spoiler, elle a su m’emporter. Je n’ajouterai qu’une seule chose : j’aime les histoires d’amour impossibles, car j’espère toujours qu’elles deviennent possibles !

Un dénouement explosif suivi de quelques longueurs

Le rythme s’accélère sur la fin, et c’est une bonne chose ! J’ai dévoré les chapitres, agréablement surprise par la conclusion de ce récit haut en couleur. Avec le recul, je me dis que j’aurais dû deviner certaines choses mais, en fait, non. J’ai préféré me laisser porter jusqu’au final, et ce fut un vrai régal.

Par contre, j’ai trouvé « l’après » dénouement beaucoup trop long, un peu comme les débuts. À l’évidence, Aiden Thomas apprécie la précision dans les messages qu’il souhaite transmettre, toutefois je pense qu’une fin plus courte aurait mieux servi le roman.