Editeur : Chat Noir
Date de sortie : 8 février 2017
Genre : anticipation (young adult)

Synopsis

Sera, onze ans, a vécu toute son enfance dans un orphelinat. Mais sa vie prend un nouveau tournant lorsqu’elle découvre que sa mère biologique est bel et bien en vie et à sa recherche. Conduite à Lake Ephemeral, un domaine résidentiel isolé, pour l’y rencontrer, la jeune ado découvre une communauté en marge du monde. Là, les enfants sont libres de vivre pleinement jeux et aventures au quotidien dans ce paradis naturel.

Mais bien vite, d’étranges détails troublent Sera : on lui refuse toute entrevue avec sa mère malade, les cinq autres jeunes qui cohabitent avec elle ne connaissent rien du monde ni de leurs premières années. Et si l’imposante clôture électrique qui délimite le domaine est bien installée pour les protéger de l’extérieur, pourquoi le terrain est-il infesté de plantes carnivores mortelles ?

Dans les profondeurs du Lac Éphémère, Sera parviendra-t-elle à percer les secrets des sept manoirs ? Parviendra-t-elle à s’échapper ?

Critique

Un OVNI littéraire ?

Il est difficile pour moi de classer ce roman. Encore aujourd’hui je doute, car Lake Ephemeral est un mélange assez atypique et ce, sur plusieurs points. Tout d’abord, l’ambiance oscille entre le fabuleux et le tragique, le merveilleux et le gothique. On est à la fois grisé par cette atmosphère enchanteresse et ému par les événements terribles auxquels est confrontée l’héroïne, au sein du Lac Éphémère.

Vient ensuite la question du genre. En débutant ce livre, je pensais avoir affaire à un récit fantastique. D’ailleurs, certains phénomènes étranges nous poussent à croire que la magie a soudainement surgi entre les lignes. Toutefois, la science-fiction s’invite progressivement afin de nous offrir des explications que l’on n’attendait plus, des réponses que l’on croyait perdues.

Et c’est justement cette association peu commune qui, je pense, a fait toute la différence ! Car oui, cette lecture signe mon premier coup de coeur de l’année 2019.

La beauté des mots

Le style est tout simplement sublime ! Pourtant, il s’agit d’une traduction. C’est pourquoi j’ai eu la curiosité de chercher l’identité du traducteur, en début de roman. Et c’est sans surprise que j’y ai trouvé le nom de Vincent Tassy, également écrivain.

J’ai découvert ce dernier dans Apostasie et, même si j’ai moyennement aimé l’histoire, j’avais relevé une maîtrise absolue de sa plume. Or, quand celle-ci est au service de Lake Ephemeral, c’est un pur régal !

Un décor aux mille illusions

Comme l’indique le synopsis, la majorité de l’intrigue se déroule à Lake Ephemeral, un domaine pour le moins singulier. Anya Allyn a ainsi imaginé un monde hors du temps, coupé de la civilisation. Entre papillons colorés et plantes mortelles, voici donc un cadre parfait pour y dénicher des secrets enfouis, résoudre des mystères sur plusieurs générations…

On s’y perdrait presque

Si ce one-shot débute de façon très classique – une adolescente, qui se croyait orpheline, a le bonheur d’apprendre que sa mère est toujours en vie -, il se détourne rapidement des sentiers battus. En vérité, l’intrigue emprunte tant de chemins différents qu’il est impossible d’anticiper les rebondissements. L’auteure dissimule habilement ses intentions, amorce de fausses pistes et joue avec le temps sans s’inquiéter de son lecteur. Résultat : c’est terriblement addictif. Pour preuve, je l’ai terminé en trois jours à peine !

Cependant, je le reconnais, le scénario comporte quelques raccourcis. En effet, certains événement ne tiennent qu’à un fil : celui du hasard. Mais l’aura surnaturelle, onirique même, qui se dégage du récit nous plonge dans le flou, nous incitant à ignorer ce genre de détails.

Des personnages qu’il est difficile de quitter

Sera est une adolescente au caractère bien trempé qui ne laissera pas le lecteur insensible, tant elle est attachante dans son envie d’avoir une famille. Sa personnalité est complexe ; elle est à la fois mature en comparaison des autres enfants du domaine et naïve face aux nombreux prétextes inventés par les adultes pour justifier leurs actes, du moins dans un premier temps.

J’admets avoir eu quelques appréhensions à l’idée que l’histoire soit portée par une gamine de 11 ans, car les jeunes personnages sont rarement fouillés. Néanmoins, force est de constater qu’Anya Allyn a évité le piège des stéréotypes. Chaque enfant est différent, habité par des émotions plausibles : la jalousie perfide lorsqu’un autre est félicité pour ses prouesses, le besoin mesquin de se venger par de petites farces cruelles et, en dépit de tout, l’attachement sincère pour un camarade avec lequel on prend plaisir à s’amuser.

Même les parents n’échappent pas à la plume acérée de l’auteure. Peu à peu, on découvre les vices, les bas instincts et les complots sous le vernis peu reluisant de la noblesse…

Tenue en haleine de bout en bout

Jusqu’à la dernière page, Anya Allyn surprend, déroute. Cette fin, que je n’avais pas envie d’atteindre, ne m’a pas déçue, tant elle regorge de belles promesses. Je me rappelle cependant avoir eu toutes les peines du monde à refermer le livre. Et ça ne m’arrive pas si souvent !

Je ne peux donc que vous conseiller cette lecture que l’on ne voit pas suffisamment sur la blogosphère à mon goût !